• Marc THOMAS

Non à la diabolisation

Dernière mise à jour : 26 juin


dans les échanges sur Facebook à propos des élections ou du Covid,

dans nos ruminations contre celle ou celui qui nous a fait du mal,

dans nos aigreurs contre la société, contre les élus, contre les riches,

dans nos jugements contre celles et ceux qui ne pensent pas comme nous…


L’autre devient le diable

J’accumule contre l'autre

tous les reproches et toutes les accusations,

je confonds ses erreurs avec sa personne :

Au lieu de dire de façon constructive :

« je ne suis pas d’accord avec ce que vous faites »

« ce que vous dites est une erreur »

ou « ce que vous faites est une injustice »,

je dis en diabolisant :

« vous êtes un pervers, un oppresseur, un dictateur… »

Je confonds l’acte et la personne,

et l’autre devient le diable à éliminer.


DIABOLISER


Diaboliser

c'est oublier la stéré et rester en mono

Quand tu ne regardes que d’un œil, la réalité n’a plus de relief.

Aucune réalité, aucun évènement, aucune personne ne se réduisent qu’à un seul aspect.

Ceux qui diabolisent choisissent les aspects qui les intéressent et rejettent les autres.



Comme le manichéisme nous avons séparé :

le bien et le mal, le noir et le blanc,

le positif et le négatif la vie et la mort…


Or en chacun de nous et en chaque évènement

se mélangent des forces de vie et des résistances,

des parts lumineuses et des parts sombres

des désirs et des peurs,

des envies de bien faire

qui sont mal interprétées par d’autres,

des échecs qui font progresser…

Pour faire de la lumière,

il faut connecter un pôle positif et un pôle négatif !

Tout être humain est un faisceau d’énergies

qui à la fois le mettent en mouvement et le freinent,

lui font créer la vie et en faire le deuil,

lui permettent d’aimer l’autre par-delà ses égoïsmes…


Diaboliser,

c’est réduire une personne ou un évènement à un seul aspect.

Or cette personne et cet évènement n’existeraient pas

si d’autres aspects ne le révélaient pas.

Comment sauriez-vous que la lumière existe si vous ne connaissiez pas la nuit ?

Comment sauriez-vous que le ciel est bleu s’i vous ne voyiez que les nuages ?

Comment verriez-vous la personne blessée si vous êtes éblouis par sa violence ?


Diaboliser,

c’est choisir sciemment de sélectionner ce qui ne me convient pas chez l’autre,

et c’est passer sous silence le reste ;

c’est réduire l’autre à ce que je dénonce

et ignorer ce dont il m’a fait bénéficier.


Diaboliser est non seulement une erreur,

mais c’est une malhonnêteté volontaire et trompeuse.


DÉ-DIABOLISER


Dé-diaboliser, c'est passer du "ou-ou" au "et-et"


On nous a appris à penser en « ou-ou »:


ou bien j’ai raison, ou bien j’ai tort

ou c’est bien, ou c’est mal

ou c’est bon, ou c’est mauvais…


Cela conduit à l’exclusion et au racisme,

à la domination et au rejet…

Tant d’acharnement à convaincre sans écouter…

tant de malentendus, de conflits et de guerres…


Et si nous pensions en « et-et » :

j’ai perçu une partie de la réalité,

et j’en découvre une autre grâce au regard du voisin,


je peux affirmer ce que je crois,

et je peux m’enrichir de ce que l’autre croit,


je peux défendre mes valeurs,

et je peux respecter celles de l’autre…


je peux être libre de mes choix,

et je peux négocier avec ceux qui ont fait des choix différents


je peux assumer la responsabilité de mes choix

et je peux respecter les choix de la majorité comme de la minorité.


Dé-diaboliser, c’est aussi

pouvoir dénoncer les faits sans jamais juger les personnes.


C’est le travail que fait une justice démocratique :

elle cherche à établir les faits, et le degré de responsabilité,

au nom d’une loi commune et objective et pas au nom des affects de chacun.

Quand le peuple crie « c’est un montre »,

le juge dit : « cette personne a tué, elle est responsable de ses actes »,

la loi la condamne à une peine objectivement déterminée.


Chaque fois que nous confondons l’acte et la personne

nous sommes dans le terrorisme illégitime

parce que nourri par des affects de haine et de rejet.

Et ce terrorisme grandit aussi par un effet de généralisation :


Aux dernières élections, le « tout sauf Macron » ou le « Tout sauf Le Pen »

sont l’exemple même d’une généralisation hâtive

qui confond un candidat avec une partie de ce qu’il a fait et que je n’accepte pas.

La plupart de celles et ceux qui sont si engagés dans un combat

contre l’un ou l’autre et qui les rejettent

peuvent-ils dire qu’ils ont écouté leurs propositions, qu’ils ont lu leurs programmes,

qu’ils se sont informés à des sources objectives sur les enjeux de ces programmes ? La plupart du temps, ces rejets sont motivés par des affects très subjectifs de rejets !


Nous généralisons de façon illégitime quand nous confondons étranger et insécurité

car tout le monde sait que l’insécurité peut aussi venir de mes semblables…

Nous généralisons quand nous croyons que toutes les femmes voilées sont des soumises,

alors que certaines choisissent librement de porter le voile ou de ne pas le porter.


Nous pouvons dénoncer une répartition injuste des richesses

et interpeller les riches à la solidarité

ça ne donne pas le droit de diaboliser « les riches ».


Nous pouvons dénoncer le travail au noir et les détournements de fonds,

et lutter pour qu’une loi de justice s’applique à tous,

ça ne donne pas le droit de diaboliser toutes celles et ceux dont se méfie.


Quand nous sommes parents, nous pouvons regretter certains choix de nos enfants,

ou que leur éloignement les empêche de prendre soin de nous,

ça ne donne pas le droit de penser qu’ils sont égoïstes et ne pensent qu’à eux !


Et si au lieu de nous invectiver et de nous « pré-juger »,

nous commencions par nous écouter ?


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Marc THOMAS

parole-semee@orange.fr


Un peu d’étymologie…


DIA-BOLOS διάβολος en grec DIABLE en français

Il ne s’agit pas d’un diabolo menthe !!!

Il ne s’agit pas du diable qui transporte les charges lourdes !


https://www.lalanguefrancaise.com/dictionnaire/definition/diable#1

du grec διάϐολος, diable, proprement calomniateur,

de διαϐάλλειν, calomnier, jeter à travers,

de διὰ, à travers et βάλλειν, jeter.

L'ancien français, pour diable, disait très fréquemment maufait,

c'est-à-dire le malfait, ou l'aversier,

c'est-à-dire l'adversaire, l'ennemi.


L’inverse : SUN-BOLON σύμϐολον en grec SYMBOLE en français


https://www.lalanguefrancaise.com/dictionnaire/definition/symbole#1

Lat. symbolum, de σύμϐολον, marque convenue,

de συμϐάλλειν, mettre ensemble,

de σὺν, avec et βάλλειν, jeter.




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