• Marc THOMAS

Quitter la haine


Je vois beaucoup de déferlement de haine sur les réseaux sociaux.

La pandémie du Covid puis la campagne électorale ont provoqué des affrontements

souvent marqués de paroles et attitudes de haine. Dans nos vies quotidiennes, familiales, sociales,

les désaccords, les exclusions, les rejets s’expriment souvent par la haine.


Quand surgit la haine

L’autre me fait horreur,

je suis tout entier et sans recul dans la dénonciation,

Envahi par la colère et par la haine,

allant me nourrir des colères des autres

sur les réseaux sociaux ou dans les ladi-lafé

et ruminer en boucle leurs haines

qui viennent grossir la mienne telle une avalanche.



Je deviens ma haine

dans la colère et la haine,

je suis « hors de moi », je ne suis plus moi :

m’étant laissé envahir,

je suis devenu ma haine.

Coupé de tout amour

et de toute capacité de recul,

sans protection devant l’adversité,

je suis devenu ma haine,

prêt à tout détruire, prêt à me détruire…

Et tous les moyens sont bons

pour me venger de l’autre

à qui j’attribue

la responsabilité de mes malheurs !


Ma haine me détruit moi-même :

  • ma haine détruit mes capacités de dire non et de construire d’autres choix ;

  • ma haine ne me permet plus d’affirmer mes valeurs autrement que par la violence qui veut détruire ;

  • ma haine m’empêche de lire et d’écouter celles et ceux qui pensent autrement que moi.

  • ma haine me fait porter des jugements définitifs sur des personnes et sur des groupes

  • et elle ensemence tous les racismes ;

  • ma haine me fait même refuser les possibilités démocratiques d’exprimer mes choix par le vote, le débat, la négociation.

  • ma haine me fait croire que les choix de l’autre ont supprimé ma liberté, et que la seule solution est la rébellion ou la révolution… et pourtant le pouvoir de manifester et de se rebeller est bien le signe que je reste libre, d’une liberté qui nourrit ma colère et ma haine ;

  • Finalement ma haine me fait croire que pour être libre, je dois supprimer l’autre.


Aux sources de la haine

Ma haine se nourrit de ce que l’autre fait et dit,

ma haine est orientée contre l’autre perçu comme une horreur,


Ma haine ne s’adresse qu’à l’autre,

et pourtant ma haine ne parle que de moi !


Ma haine parle de ce que je ne supporte pas,

des blessures que je ressens,

des injustices dont je me sens victime,

souvent depuis très longtemps.

Et celui qui reçoit ma haine aujourd’hui

n’est que l’abcès de fixation

d’un courant insupportable

que je porte en moi depuis longtemps.

Je ne me sens pas reconnu,

et souvent depuis bien longtemps,

par d’autres que ceux que j’accuse aujourd’hui :

tout petit déjà, on me faisait taire et baisser les yeux.


Je ne me sens pas apprécié, valorisé, aimé

mais je me sens humilié, soumis, écrasé,

d’autant plus que je n’ai jamais trouvé

la force et le moyen de me protéger et de m’affirmer.


Je ne me sens pas soutenu

quand j’éprouve mes fragilités

ou quand je vis un échec :

je me sens plutôt jugé, moqué, rabaissé,

et je ne sais pas me protéger de tout cela.


Parfois même, je ne m’aime pas moi-même,

je me compare à d’autres,

je me dévalorise et me fais honte

de ne pas pouvoir m’en sortir tout seul

de ne pas oser croire en un avenir possible.


Tout cela ne parle que de moi,

de moi victime d’injustices et de rejets,

mais surtout de moi

qui ne peux pas trouver mes ressources

qui ne peut pas faire émerger mes capacités,

ni revendiquer une dignité à laquelle je ne crois plus.

Alors comment sortir de tout cela ?

Il s’agit toujours de quitter la haine

non pour s’écraser, mais pour se relever !


Quitter la haine qui déchire et détruit,

c’est laisser les loups se dévorer entre eux,

c’est toujours lâcher l’autre ou s’en protéger,

c’est refuser de répondre à la violence par la violence

et refuser ainsi de se laisser laminer ou envahir

par des énergies destructrices.

La violence est toujours un constat d’échec :

on n’a recours à la violence qui détruit

que lorsqu’on n’a pas trouvé les moyens de construire.


Quitter la haine qui met « hors de soi »,

c’est d’abord se centrer sur soi

apprendre à croire en soi…

Et parce qu’on ne fait pas cela tout seul,

c’est aller chercher la bienveillance

là où elle se trouve,

c’est aller demander le soutien

pour enfin croire en moi,

pour identifier mes ressources

et apprendre à les mettre en action.

C’est aller chercher

ceux qui se battent de façon constructive

pour instaurer la justice et le droit

et non ceux qui se content de tout casser par dépit.


Quitter la haine qui met sens dessus-dessous

c’est découvrir qu’elle est un amour à l’envers ou explosé.

La même main peut caresser, battre ou se tendre.

Le même sang peut irriguer ou vider la vie.

La même énergie peut produire motivation ou agression.

Ainsi le même cœur de l’homme peut aimer ou haïr.

Et si ce cœur peut tourner à l’envers en violence,

il peut tout autant tourner à l’endroit en amour.

Ces capacités sont en chacun de nous,

jusque dans les plus grands criminels.

Pour changer, il suffit de se rééduquer.


Alors les rejets de l’autre

se transforment en protection de soi

et en recherche de complémentarité.


Les jugements sur l’autre

se transforment en affirmation de soi

et en écoute de l’autre différent.


Les désaccords permettent de continuer à dire non

tout en restant à l’écoute des avis différents

et en y cherchant des complémenbtarités.


Les conflits se transforment en opportunité de progrès,

par la recherche de solutions alternatives

et d’accords négociés dans le respect.


Les méfiances

se transforment en dialogue

pour se connaître et se comprendre

et pour construire ensemble la confiance.


Les jalousies se transforment

en apprentissage de l’amour de soi

et en reconnaissance de la réussite de l’autre.


Les relations toxiques

se transforment en protection et en juste distance

et s’appuient sur des actes de bienveillance et de respect.


Ayant quitté la haine,

chacun peut être soi au milieu des autres.


Chacun peut vivre ses aspirations

alliant à la foi liberté, responsabilité et respect

pour pouvoir vivre ensemble.


Un rêve inaccessible tout ça ?

Non un projet à construire !


Impossible tout ça ?

Impossible si vous comptez sur un coup de baguette magique !

Impossible si vous attendez que l’autre commence à changer !


Mais tout est possible à celui qui croit !

Celui qui croit que le bonheur ne surgit qu’en quittant la haine,

Celui qui croit que chacun a en lui les ressources nécessaires à ce bonheur

Celui qui croit qu’il n’est jamais trop tard pour se rééduquer !

Quitter la haine
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Marc THOMAS

parole-semee@orange.fr




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