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  • Photo du rédacteurMarc THOMAS

Écouter mes addictions




Nos addictions : le tabac, l’alcool, le zamal et toutes les drogues… mais aussi les réseaux sociaux, le téléphone portable, le travail parfois… et encore certaines pulsions sexuelles, les achats, etc. Tout cela dont je ne peux pas me passer jusqu’à en devenir esclave, tout cela qui m’enferme, qui me pourrit la vie, et pourrit mes relations.

DES RÉACTIONS NÉGATIVES


Si je suis victime d’addictions :

- sans elles ma vie n’est pas supportable…

- c’est la seule manière pour moi de trouver trouve la détente ou le bonheur…

- je suis dépendant, j’ai déjà essayé de m’en passer mais je n’y arrive pas…

- je ne suis pas fier de moi, je rumine et je me culpabilise : je me juge moi-même…


Si je suis en contact avec des personnes victimes d’addictions :

- j’essaye de les convaincre d’arrêter, mais ça ne marche pas…

- je ne supporte plus leur dépendance et ses conséquences sur notre vie quotidienne…

- Ils pourraient faire un effort et avoir davantage de volonté : je les juge…


INTERVEX D'UNE SPÉCIALISTE


Pour nous aider à changer de regard et à écouter le message de nos addictions, je suis allé rencontrer Anyse Cadet monitrice-éducatrice au CCAS de La Possession à l’île de la Réunion. Sa mission consiste à accompagner les personnes ayant des problématiques d’addictions.


Marc : Les addictions, qu’est-ce que c’est ?

Anyse : C’est l’alcool, ce sont les drogues et tous les produits qu’on ingurgite ou qu’on s’injecte. Ce sont aussi les addictions sans produits : les écrans, les jeux sur Internet, les jeux d’argent, les achats compulsifs…

Ca peut même être des activités dont nous devenons tellement dépendants que nous ne pouvons plus nous en passer et qui finissent par nous couper des autres : tel loisir, le travail, les pulsions sexuelles, etc.

Est-ce que l’addiction peut se soigner ?

Oui bien sûr, mais il faut une vraie prise en charge, car c’est très compliqué de s’en sortir tout seul. Un accompagnement est nécessaire pour devenir abstinent.


Que pensez-vous du titre : « écouter le message des addictions » ?

C’est tout-à-fait ça : écouter et voir, se poser et faire le point. Souvent l’addiction veut dire : je ne vais pas bien, je traverses un mal-être qui n’arrive pas par hasard. Et l’addiction vient cacher ce mal-être et tenter d’endormir cette souffrance.

Les addictions seraient comme un somnifère ou un anti-douleur ?

C’est parfois tellement lourd à porter ces souffrances… C’est humain de chercher à les atténuer. Je peux comprendre et je ne veux pas les juger, car personne n’a envie de souffrir. L’addiction permet de cacher la souffrance. Devant le même souffrance, nous ne savons pas comment nous réagirions. Ca peut arriver à tout le monde.

Il faut changer notre regard sur les addictions : certains pensent que c’est un vice, ou un manque de volonté, et que la personne est la seule responsable de ses addictions. Ce n’est pas du tout ça, et ça arrive de manière insidieuse sans qu’on s’en rende compte.

Les gens qui jugent le font pour se rassurer eux-mêmes, et surtout parce qu’ils ont peur. C’est tellement simple de juger plutôt que de se demander comment on peut aider.

L’addiction est-elle une maladie ?

C’est une maladie qui doit être soignée et prise en charge. Elle nécessite de rencontrer des médecins et des professionnels.

Quand on a du diabète, on n’a pas honte. On ne devrait pas avoir honte non plus des addictions


Comment cette maladie s’installe ?

Des points de départ différents : beaucoup de séparations, des pertes de travail, des souffrances multiples dans la vie quotidienne…

Souvent, pour oublier, on prend un verre (ou du zamal ou autre chose) et on ne se rend pas compte que l’engrenage arrive vite et qu’on ne peut plus s’en passer.

C’est une souffrance intérieur qui conduit aux addictions. Dans une famille qui vit un drame, chaque personne ne vit pas ses souffrances de la même manière. Certains disent : « si c’était moi, j’aurais fait ça. » Mais si c’était à moi que ce drame arrive et que cette souffrance survienne, je ne peux pas savoir comment je réagirais.


Donc, le message des addictions, c’est la souffrance qu’elles cachent. Le message, c’est « va prendre soin de cette souffrance », traite-la en l’accueillant, en l’écoutant, en l’accompagnant ; mets des mots sur cette souffrance… Ton addiction t’appelle : ne te laisse pas obséder par elle, mais va chercher quelle est sa source…

Je dis aux gens victimes de l’addiction : « vous avez tendance à fermer la porte à coups de pied pour empêcher la souffrance. Il faut apprendre à ouvrir la porte, à faire face au problème, à travailler dessus. Et ne pas avoir honte de demander de l’aide parce que c’est quelque chose de très douloureux.

A qui demander de l’aide ?

Notre médecin traitant qui peut nous orienter vers des spécialistes en addictologie. Des associations, des personnes sui savent nous écouter car c’est très important de « mettre des mots sur les maux ».


Ces personnes vont peut-être nous juger…

Un professionnel de l’addiction et de l’écoute ne porte pas de jugement sur les gens : au contraire il comprend et il accompagne. Etre accompagné, être entendu, cela peut prendre du temps : il s’agit d’avancer au fur et à mesure.

Si ca met du temps mais qu’on n’est plus tout seul à porter la souffrance, ça change déjà les choses…

Quand on a besoin d’aide, c’est important d’avoir quelqu’un qui peut nous répondre et nous accepter avec nos difficultés et nos souffrances. Il s’agit de « travailler » ces difficultés en mettant en place un processus de soin avec des professionnels, pour qu’on ait moins mal et qu’on arrive à faire face.


Nous sommes victimes de nos addictions. Parfois nous nous croyons coupables, alors que nous en sommes victimes. Le message de nos addictions est toujours « Appelle à l’aide ! Des gens sont prêts à t’accompagner autour de toi. Peut-être dans ton entourage familial : des gens continuent de t’aimer ! Mais aussi des professionnels pour te soutenir et t’accompagner.

Souvent dans les familles, c’est difficile d’être aidant pour celui qui est victime d’addiction… parce que parfois on en subit aussi les conséquences. Le professionnel va faire un travail avec la victime, mais aussi avec toute la famille.


Merci Anyse de ce partage, et merci de remplir cette belle mission d’accompagnement des personnes victimes d’addictions !


ÉCOUTER LE MESSAGE

Nous jugeons toujours à partir de nos perceptions, mais aussi à partir de nos ressentis spontanés (j’aime, j’aime pas… je ne supporte pas… etc.). Et Si nous prenions un peu de distance pour accueillir, chercher à comprendre, identifier les causes, prendre soin des souffrances, croire qu’un changement est possible…


Se retourner, se convertir, changer de regard… simplement en contournant nos réactions premières et en prenant le recul nécessaire pour comprendre ce qui nous arrive ou ce qui arrive à l’autre…



- Accueillir et observer nos addictions plutôt que de nous juger nous-mêmes ou de juger les autres

- Appeler au secours et chercher du soutien plutôt que de nous enfermer dans la solitude et le désespoir, dans le déni ou dans nos certitudes.

- Chercher les raisons et les manières dont elles se sont installées plutôt que de les combattre à la force du poignet.

- Faire preuve d’empathie et accompagner vers un processus de soins plutôt que de juger.

Extrait de : Addictions, dites-leur adieu !de Laurent Karila (éditions Mango)


Ecouter le message de nos addictions…


Ecouter le message de toutes nos fuites ou de toutes les fois où nous nous voilons la face…

Ecouter le message de nos désespoirs et de nos colères, de nos attraits et de nos répulsions, de nos amours et de nos haines…


Ecouter le message, c’est toujours prendre de la distance : ça peut-être prendre de la hauteur car on voit mieux quand on n’a pas le nez collé dessus ; ça peut être aussi plonger plus profond pour aller chercher ce qui se cache derrière…


Ecouter le message, c’est toujours accueillir, prendre soin, traiter, comme on désinfecte délicatement une plaie pour qu’elle cicatrise.


Ecouter le message de mes addictions
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Marc THOMAS



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