• Marc THOMAS

Ressusciter au quotidien

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Pour nous comme pour l'aveugle de Jéricho - Mc 10, 46-52


Jésus et ses disciples arrivent à Jéricho.

Et tandis que Jésus sortait de Jéricho avec ses disciples et une foule nombreuse,

le fils de Timée, Bartimée, un aveugle qui mendiait, était assis au bord du chemin.

Quand il entendit que c’était Jésus de Nazareth,

il se mit à crier : « Fils de David, Jésus, prends pitié de moi ! »

Beaucoup de gens le rabrouaient pour le faire taire, mais il criait de plus belle :

« Fils de David, prends pitié de moi ! »

Jésus s’arrête et dit : « Appelez-le. »

On appelle donc l’aveugle, et on lui dit : « Confiance, lève-toi ; il t’appelle. »

L’aveugle jeta son manteau, bondit et courut vers Jésus.

Prenant la parole, Jésus lui dit : « Que veux-tu que je fasse pour toi ? »

L’aveugle lui dit : « Rabbouni, que je retrouve la vue ! »

Et Jésus lui dit : « Va, ta foi t’a sauvé. »

Aussitôt l’homme retrouva la vue, et il suivait Jésus sur le chemin.


Sur l'aveugle de Jéricho repose la misère des hommes de tous les temps.

Pour lui comme pour tant d'exclus ou de fragilisés aujourd'hui,

un malheur entraîne tous les autres. Il est aveugle, et tout s'enchaîne :

assis quand tous les autres sont debout ;

laissé sur le bord de la route quand tous les autres continuent leur chemin,

il n'a plus qu'à appeler au secours et à mendier.

enfin, le voilà réduit au silence par tous ceux qui préfèrent ne pas voir la misère.

L'aveugle est aussi paralysé, mendiant et muet ! Son avenir est sans espoir.


Tant d’hommes et de femmes d’aujourd’hui, chez nous et dans le monde,

échoués sur le bord de la route de la vie,

confrontés à l’échec, au mépris, au rejet…

peuvent se reconnaître dans cet aveugle…

Nous pensons que personne ne peut nous comprendre…

Souvent même, nous nous sentons jugés par notre entourage,

comme l’aveugle qui criait était rabroué par ses voisins.


Mais qui sont les vrais aveugles ?

« Beaucoup de gens l'interpellaient vivement pour le faire taire » :

ainsi parlent les bien-pensants qui suivent le Maître et ceux de tous les temps,

préférant ignorer les misères à leurs portes

pour rester calfeutrés à l’abri des cris du monde…

Quand Jésus entend ceux qui veulent faire taire l’aveugle,

il réagit aussitôt et dit : « Appelez-le. »

Déjà le psaume disait : « Un pauvre a crié, le Seigneur entend ».

Et Jésus dira : « J’avais faim, et vous ne m’avez pas donné à manger,

j’étais un étranger et vous ne m’avez pas accueilli… »

Ceux là aussi sont des aveugles : ils se voilent les yeux sur la réalité du monde

pour mieux entendre la parole du Maître et se réfugier dans une religion confinée…


Dites moi… cela ne nous arrive jamais

de fermer nos oreilles à ceux qui crient

ou de nous défausser de nos responsabilités

par exemple en demandant à Dieu de donner du pain à ceux qui n’en ont pas ?


Et si nous regardions comment Jésus s’y prend

pour accueillir et accompagner l’aveugle ?

Peut-être y trouverions-nous la manière de mettre en cohérence

nos prières et nos comportements du quotidien…


L’aveugle lui demande de prendre pitié de lui, mais Jésus fait bien plus que cela :

Jésus ne vient pas se pencher sur l’aveugle assis au bord de la route,

Jésus ne se penche pas avec condescendance sur la misère des hommes :

il ne prend pas l’aveugle en pitié,

il ne le plaint pas, il ne lui dit pas des paroles rassurantes…


Mais il l’appelle : en l’appelant, il suscite en lui l'énergie de son propre salut.

L’évangéliste écrit : « L’aveugle jeta son manteau, bondit et courut vers Jésus. »

l’aveugle jette son manteau de mendiant, son unique protection.

Paralysé au bord de la route, il se lève (littéralement il « ressuscite »).

Puis il bondit (littéralement il « s'élance ») :

le désespéré a retrouvé son élan !

Alors il court vers Jésus : est-il encore vraiment aveugle pour courir ainsi ?

Et Jésus continue à susciter l’initiative de l’aveugle, en lui disant :

« Que veux-tu que je fasse pour toi ? »

L’aveugle qui s’en remettait avant à la pitié de Jésus

va maintenant exprimer son désir à lui, son attente, son besoin :

« Rabbouni, que je retrouve la vue ».


Et Jésus a nouveau valorise l’initiative de l’aveugle :

« ta foi t’a sauvé ! » : remis debout, « re-suscité » à son appel,

le voici plein d'élan sur la route d'un avenir possible.

« Et il suivait Jésus sur la route. »

Le salut de l’aveugle est en lui :

dans son cri proféré malgré tout, dans sa confiance,

il a trouvé lui-même l'énergie de se relever.


Décidément, Jésus n'est pas un magicien :

Le salut de l’aveugle ne vient pas d'un coup de baguette magique :

avez-vous remarqué que Jésus ne fait rien pour guérir l’aveugle ?

Jésus se contente de l’appeler et de lui demander ce qu’il veut.

Jésus ne fait rien, mais il l’accueille.

Là ou d’autres veulent faire taire l’aveugle, Jésus au contraire l’écoute :

Jésus entend le cri de cet homme en détresse,

il se laisser toucher par lui

comme un jour il se laissera toucher par le lépreux dont tout le monde s’écarte.

Jésus, un modèle d’empathie !

Une empathie qui permet à celui qui en bénéficie

de se transformer lui-même,

en suscitant son énergie de vivre, en ressuscitant à la vraie vie

« Ta foi t'a sauvé » dit Jésus à l’aveugle.


Aujourd’hui, quand j’accueille et j’écoute des personnes

qui viennent me partager leurs difficultés ou leur détresse,

je suis souvent témoin de la même chose :

quand des personnes osent se lever pour venir parler,

pour venir chercher à y voir plus clair dans leur vie,

pour venir retrouver la motivation ou l’énergie perdue…

Comme l’aveugle de l’évangile,

il leur faut parfois déposer le lourd manteau de leurs épreuves passées,

comme l’aveugle, il leur faut évoquer souvent

tous ceux qui ont voulu les faire taire ou qui se sont moqués…

comme l’aveugle souvent, une parole ou une question posée dans l’empathie

leur ouvre un chemin sur lequel il peuvent à nouveau avancer, voir clair.

Ce n’est pas l’écoutant que je suis qui les soigne,

ce n’est surtout pas à moi de leur donner des conseils ou des solutions !

Simplement mon écoute leur permet

de trouver en eux des ressources insoupçonnées.

Et leur volonté de s’en sortir suscite et res-suscite un nouvel espoir de vivre.


Ne reportons pas notre résurrection après notre mort !

Tous les aveugles, les paralysés et les blessés de la vie que nous sommes

pouvons aujourd’hui ressusciter au quotidien de notre vie !

Tout homme peut guérir, re-susciter son énergie, se relancer dans la vie :

il suffit d’oser appeler au secours,

de dépasser les rumeurs et les jugements,

de chercher une oreille attentive et un cœur ouvert…

qui va nous aider à croire en nous-même…

Croire en nous ! C’est cela la confiance en soi qui si souvent nous manque !

Cette confiance en soi dont Jésus dit : « ta foi t’a sauvé » !


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Marc THOMAS

parole-semee@orange.fr

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