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Les divorcés-remariés peuvent-ils communier ?

il y a 2 jours
5 min de lecture

La semaine dernière, je vous partageais le témoignage d’une amie qui a vécu douloureusement la nécessaire séparation avec son mari. A cette occasion je rejoignais les interrogations de certains divorcés remariés qui vivent douloureusement l’exclusion de la communion à l’eucharistie.


Il y a 10 ans, le Pape François avait ouvert la porte à l’éventualité d’un accueil à l’eucharistie pour des divorcés remariés. La pape Léon XIV convoque ce mois-ci des évêques du monde entier pour reprendre cette question dans le contexte d’une réflexion sur défis pastoraux liés au mariage et à la famille.


Je vous partage aujourd’hui un article publié dans le journal « La Croix » le 15 août dernier et qui fait le point sur les travaux engagés depuis 10 ans par le Vatican pour répondre à ces interrogations



Publié le 15 août 2026

dans la rubrique « Lettre du Vatican » du journal quotidien La Croix

 

par le journaliste Hendro Munsterman,

correspondant au Vatican pour le journal néerlandais « Nederlands Dagblad ».

 

 

En octobre, Léon XIV consacrera une semaine de réflexion avec des évêques du monde entier aux défis pastoraux liés au mariage et à la famille. La question des divorcés remariés sera elle aussi reposée.

 

En octobre 2026, les présidents de toutes les conférences épiscopales viendront à Rome. Le pape américain a annoncé cette rencontre exceptionnelle en mars, exactement dix ans après que son prédécesseur argentin a publié Amoris laetitia, exhortation apostolique sur le mariage et la famille. Pendant une semaine, ces évêques réfléchiront et écouteront, avec et autour de l’évêque de Rome, sur la manière dont les églises locales accompagnent les mariages et les familles. Selon le Vatican, il s’agit d’un parcours qui s’inscrit dans la dynamique de la « conversion pastorale » déjà en cours.

 

Dans les couloirs du Vatican, on apprend que l’idée de cette rencontre – pas un synode des évêques officiel, mais tout de même une réunion à caractère synodal – ne serait pas venue du pape lui-même. Un groupe de cardinaux aurait insisté auprès de lui pour que le texte d’Amoris laetitia ne reste pas lettre morte, mais conduise réellement à un changement d’attitude sur le terrain.

 

Des débats sensibles

 

Beaucoup a été écrit sur Amoris laetitia. Surtout sur la petite note de bas de page numéro 351 qui a fait couler beaucoup d’encre. Le pape François écrit que les personnes vivant dans des situations « irrégulières » peuvent néanmoins « vivre dans la grâce de Dieu » et recevoir l’aide de l’Église pour grandir « dans la vie de la grâce et dans la charité ». « Dans certains cas, il peut s’agir aussi de l’aide des sacrements », dit alors la note 351.

 

Cette petite phrase s’est révélée explosive. Car pendant des mois, religieux et théologiens ont débattu de la question de savoir si les divorcés remariés civilement pouvaient recevoir la communion. Deux camps s’opposaient. Parfois avec des mots durs. Le cardinal Wim Eijk, théologien moraliste et archevêque d’Utrecht (Pays-Bas), parlait même du remariage comme d’un « adultère institutionnalisé » et craignait qu’en faisant tomber cette pièce du domino, il ne fasse s’écrouler toute la chaîne de la morale catholique. D’ailleurs : qui lit attentivement Amoris laetitia voit que cette petite ouverture vers la réception des sacrements ne concerne pas seulement les divorcés remariés, mais aussi, par exemple, les couples homosexuels vivant ensemble.

 

En octobre, le pape et les évêques se pencheront entre autres sur la question de comment construire « des communautés chrétiennes dans lesquelles ceux qui ont fait l’expérience de la souffrance, de l’abandon, de la séparation et du divorce puissent se sentir réellement écoutés, participants et coresponsables ».

 

Un synode des évêques en 2015

 

La note 351 reviendra donc certainement sur le devant de la scène. Surtout parce que, dans l’Église catholique, certains aspirent à retrouver la ligne claire de Jean-Paul II, plutôt que celle du pape François en nuances de gris et qui a laissé la conscience des catholiques en situation difficile trancher, à condition que cette conscience soit formée par un accompagnement.

 

Ce que François a écrit dans Amoris laetitia avait été préparé en 2015. Lors du synode des évêques sur la famille, les évêques avaient été répartis en groupes de travail. L’un de ces treize groupes était germanophone. Il comptait onze participants, parmi lesquels les cardinaux Christoph Schönborn d’Autriche, Kurt Koch de Suisse, ainsi que Walter Kasper, Reinhard Marx et Gerhard Ludwig Müller d’Allemagne.

 

Tous des théologiens reconnus de grande envergure, mais de sensibilités différentes, voire opposées. Le cardinal Kasper s’était prononcé explicitement en faveur d’une ouverture de la communion aux divorcés remariés. Le cardinal Müller y était explicitement contre. Pendant les discussions au sein de ce groupe de travail germanophone, on a « débattu avec la Somme théologique de Thomas d’Aquin posée sur la table », m’a raconté par la suite l’un des participants. Et le cardinal Müller a changé d’avis.

 

L’évolution du cardinal Müller

 

Encore pendant le synode, le 17 octobre 2015 – quatre jours avant la publication du texte du groupe germanophone – il a fait paraître dans l’hebdomadaire allemand Focus une courte interview dans laquelle il déclarait que si aucune admission générale à la communion ne pouvait être accordée à ces fidèles, il pouvait néanmoins « y avoir, dans certains cas, une admission relevant du for de la conscience ».


Note de Marc THOMAS

En langage théologique clair, le « for interne » signifie que chaque baptisé a en dernier ressort l’initiative de la décision. Cette décision ne repose pas sur l’autorisation d’un prêtre, mais sur la décision du baptisé, prise après consultation et accompagnement.

 

À partir de l’ouverture de Jean-Paul II en 1981, on pouvait, disait le cardinal Müller, « poursuivre la réflexion dans cette direction ». Ce que personne n’avait prévu s’était produit : les théologiens allemands, rigoureux, ont su trouver une solution dans un débat qui semblait totalement bloqué. Le texte du groupe de travail germanophone parlait d’« un chemin de discernement et de pénitence qui, au for interne, dans le regard porté sur la situation objective, en dialogue avec le confesseur, peut contribuer à la formation personnelle de la conscience et à clarifier dans quelle mesure un accès aux sacrements est possible ». Le texte a été adopté à l’unanimité par tous les membres.

 

C’est précisément ce que le pape François a rendu possible dans Amoris laetitia. Il n’y voyait pas une concession à des tendances libérales, mais l’acceptation du fait que la réalité n’est pas toujours noir et blanc et ne peut tout simplement pas toujours être enfermée dans des règles. Discerner, écouter sa propre conscience est bien plus exigeant qu’on ne le pense. L’une des questions qui devra être posée en octobre est de savoir comment cette nouvelle manière d’accompagner les personnes dans le discernement a pris forme dans les églises locales. Et ce qu’il reste encore à faire.


Note de Marc THOMAS







Marc THOMAS


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