• Marc THOMAS

Liberté inaliénable et respect de l'autre


A la suite des injonctions de l’Etat à se faire vacciner et à présenter un pass sanitaire,

quelqu’un revendiquait sa liberté dans un post Facebook et dénonçait une dictature.

Je lui avais écrit entre autres ceci :


« Les joueurs de foot ou de tennis contestent parfois l'arbitre mais ils ne le traitent pas de dictateur. Ils savent très bien qu'il faut des règles et des arbitres pour jouer ensemble et sortir de l'anarchie. Ceci dit, allons choisir nos arbitres aux prochaines élections et dialoguons avec nos élus qui votent les lois. La liberté est à ce prix »


Une autre personne ayant lu ma réponse me répondait :

« Vous dites que la liberté est A CE PRIX ! Non, la LIBERTE n'a pas de prix c'est un droit inaliénable qu'a l'Homme sur Terre ... Vous devriez revoir vos classiques style "Les Droits de l'Homme" si ça vous dit quelque chose ... »


Laissant de côté le ton agressif de cette dernière phrase,

je suis effectivement retourné lire les Droits de l’Homme… et de la femme !


J’en cite ici deux articles qui éclairent notre différend. Article 2 Le but de toute association politique est la conservation des droits naturels et imprescriptibles de l'homme. Ces droits sont la liberté, la propriété, la sûreté, et la résistance à l'oppression. Article 4 La liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui : ainsi, l'exercice des droits naturels de chaque homme n'a de bornes que celles qui assurent aux autres membres de la société la jouissance de ces mêmes droits. Ces bornes ne peuvent être déterminées que par la loi.


LIBERTÉ IMPRESCRIPTIBLE

Pour aller dans le sens de mes correspondantes, j’ajouterais même à l’article 2 que chacun a un droit imprescriptible sur son corps, sur les soins à lui donner, sur sa sexualité, sur sa protection, et donc sur la manière de se soigner…

C’est bien pour cela que rendre une vaccination obligatoire pose problème.


C’est aussi à cause de cet article que je vis dans un pays où je peux dire et écrire ce que je pense,

où je peux voyager librement en dehors des périodes de pandémie ou de cyclone,

où je peux choisir mon métier, mes amis, mon style de vie, mes magasins, mes loisirs…

où je peux avoir une couverture sociale et des indemnités de chômage…

Ce n’est pas cela la dictature et l’oppression qui sévissent encore dans des pays totalitaires.


Oh oui je sais... tout le monde n’a pas les mêmes chances,

certains sont écrasés par des violences familiales, institutionnelles, ou des relations perverses.

Il y a des injustices et des inégalités, y compris institutionnelles.

J’ai parfois l’impression que ça ne sert à rien, et je suis fatigué ou désabusé…

Alors plutôt que de me faire entendre par mon vote par exemple,

je me retire, je m’enferme dans un lieu alternatif coupé du monde, je m’isole ou je me désole…


Mais j’ai la possibilité de combattre l'injustice, de manifester comme l’ont fait les Gilets Jaunes,

d’être défendu par des Syndicats, d’exercer ma solidarité vis-à-vis des victimes…

Je peux interpeller les pouvoirs publics et m’associer à d’autres si je ne suis pas entendu…

Pour ma part, si j’écris ces lignes, c’est parce que je crois qu’en se serrant les coudes

et en acceptant nos différences, nous pouvons faire advenir un monde plus humain et plus juste. Certains me traiteront de doux rêveur, comme les Résistants en 1940 …


RESPECT DE LA LIBERTÉ DE L’AUTRE

L’article 4 de la Déclaration des Droits de l’Homme rappelle que cette liberté imprescriptible a toujours à s’articuler au respect de l’intégrité et de la liberté de l’autre.


Ainsi par exemple :

J’ai évidemment le droit de vivre ma sexualité et mes pulsions selon mon désir et mon plaisir…

Mais la loi m’interdit d’abuser un enfant, de violer une femme,

de me promener nu en dehors d’espaces protégés...


J’ai évidemment le droit de boire de l’alcool,

et personne ne peut restreindre ma consommation dans ma vie privée.

Mais la loi interdit l’état d’ébriété dans la sphère publique

la violence sur mes proches quand je ne me contrôle plus.

Et celui qui conduit, c’est celui qui ne boit pas...


J’ai évidemment le droit de faire la fête chez moi avec ma famille et mes amis.

Mais la loi encadre les nuisances sonores et interdit le tapage nocturne….


J’ai évidemment le droit d’être en colère et de manifester mon agacement.

Mais la loi m’interdit de frapper et de casser…


J’ai évidemment le doit de vendre des produits,

Mais la loi vérifie qu’ils sont sans risques pour les consommateurs.


Et donc j’ai aussi le droit de ne pas me protéger du virus

par le vaccin ou les gestes barrières.

Mais la loi m’interdit alors de voyager librement et de m’approcher d’une population à risque.


Je reviendrai dans un autre post sur le difficile respect de la loi.

Mais ici, il s’agit toujours d’une équation difficile

car il faut tenir ensemble des pôles opposés :

Protéger à la fois la liberté de chacun,

et le bien commun de la population…

Restreindre la liberté de circuler pour protéger la santé de tous et de chacun,

et maintenir les activités culturelles, artistiques, commerciales…

Ecouter à la fois ceux qui ont peur

et ceux qui aiment l’aventure…

Tenir ensemble les projets individuels

et la solidarité collective…


LE CHOIX DE VIVRE ENSEMBLE

Parce que nous ne vivons pas sur une île déserte,

nous sommes tous confrontés à ces mises en tension.

La violence arrive lorsque nous privilégions un aspect

et ignorons l’aspect opposé,

lorsque nous nous mettons au centre et ignorons ou écrasons l’autre,

lorsque c’est « moi d’abord » et « je m’en fous des autres »

lorsque tous les moyens sont bons pour parvenir à mes fins...

Si nous ne prenons en compte que « ma liberté inaliénable »

sans débattre ensemble de l’impact de mes décisions sur les droits des autres,

ce n’est plus de la liberté mais du passage en force,

ce n’est plus un droit d’être soi,

mais un acharnement à être soi tout seul.


Être soi au milieu des autres, c’est possible,

à condition de marcher sur deux jambes :

l’affirmation de soi, sans agressivité,

et l’adaptation à l’autre, sans soumission.


Nous marchons si souvent sur une seule jambe,

et à cloche-pied, nous ne pouvons que avoir mal et stagner !

C’est le temps de l’entraînement,

sur deux jambes pour atteindre ensemble les sommets.


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Marc THOMAS - 14 juillet 2021

parole-semee@orange.fr

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