Quel Dieu prions-nous ?
- Marc THOMAS
- 6 févr.
- 5 min de lecture
Comment le prions-nous ?
Quand nous avons des problèmes personnels ou familiaux, des croyants nous invitent souvent à nous tourner vers Dieu nous invitant à prier, à demander à Dieu d’agir pour nous, et à attendre de lui qu’il nous sorte de ce mauvais passage. A genoux et statiques, ils attendent qu’un autre les relève.
Combien d’hommes et de femmes ont cru cela, ont prié, demandé, attendu… et n’ont rien vu venir, restant dans leur détresse sans en voir l’issue. Certains s’en sont culpabilisés se disant qu’ils devaient être bien indignes pour que leur Dieu les laisse ainsi sans prendre soin. D’autres se sont révoltés et ont rejeté ce Dieu qui choisirait ceux qu’il veut sauver et laisserait les autres dans le pétrin.
Que dit l’Évangile à ce propos ?
Juste après avoir énoncé les Béatitudes, Jésus suggère à ses disciples qui est le vrai Dieu : Il fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, il fait tomber la pluie sur les justes et sur les injustes (Mt 5, 45)
Non Dieu ne vient pas sauver les bons et punir les méchants. Son soleil brille, sa pluie irrigue, son amour accompagne tous les êtres humains quels qu’ils soient, sans jugement, sans distinction !
Ensuite Jésus interroge nos prières :
Lorsque tu vas présenter ton offrande à l’autel, si là, tu te souviens que ton frère a quelque chose contre toi, laisse ton offrande, là, devant l’autel, va d’abord te réconcilier avec ton frère, et ensuite viens présenter ton offrande. (Mt 5, 23-24).
Jésus fixe les priorités : la prière, les assemblées de prière et même la confession de nos fautes ne prennent sens, que si nous commençons d’abord par agir pour réparer ce que nous avons abîmé, pour nous réconcilier ou rétablir la justice.
Et si nous regardions du côté des miracles de Jésus ? Il n’agit jamais comme un marionnettiste, ni comme un magicien d’un coup de baguette magique. La plupart de ses miracles renvoient les personnes à l’action :
Lève-toi, prends ton brancard et marche ! (Jn 5, 8)
Lazare, sors dehors ! (Jn 11, 43)
Déliez-le et laissez-le aller (Jn 11, 44)
Donnez-leur vous-même à manger (Mc 6, 37)
Cette pauvre veuve a mis plus que tous les autres (…) elle a mis tout ce qu’elle avait pour vivre (Lc 21, 3-4)
Regardez aussi… les 5 pains et deux poissons sans lesquels il n’y aurait pas eu de multiplication des pains (Mc 6) ; les talents remis à chacun à faire fructifier sans les enterrer dans notre passivité (Mt 25)
Bref, cherchez dans l’Évangile tant d’autres exemples : le Dieu de Jésus Christ n’agit jamais à la place de l’homme. Il rend l’homme acteur de sa guérison et de sa propre vie.
Quand tu demandes à Dieu de venir régler tes problèmes, tu te mets dans une attitude passive où tu t’en remets au bon vouloir d’un autre. Tu renforces ton sentiment d’impuissance, comme si Dieu était un marionnettiste qui te pilote et agit à ta place.
Or le Dieu de la Bible est celui qui fait l’homme à son image et à sa ressemblance (Gn 1, 26), créateur comme lui, donnant la vie comme lui, libre comme lui, capable d’aimer comme lui, responsable de la création et de la vie de la planète :
Soyez féconds et multipliez-vous, remplissez la terre et soumettez-la (Gn 1,28)
Agir avant de prier
Alors pourquoi te tournes-tu vers Dieu comme un soumis, comme un impuissant, attendant que ce Dieu résolve tout à ta place ?
Le Dieu de la Bible est celui qui te confie la vie et le monde parce qu’il te sait capable de croissance, de créativité, d’amour, d’empathie, de solidarité.
Pourquoi te révoltes-tu contre un Dieu qui t’aurait abandonné et laissé sans assistance à personne en danger ? Et si tu apprenais à faire confiance à tes capacités, à te sentir responsable de ton propre bonheur, à faire le tri entre le vivifiant et le mortifère, à appeler au secours ceux qui peuvent te tendre la main, à dénoncer l’injustice et tous les égoïsmes ?
Non nous ne sommes pas des marionnettes entre les mains d’un prestidigitateur. Nous ne sommes pas des soumis qui devraient implorer la magnanimité d’un maître lointain. Nous sommes des humains à l’image de Dieu, libres, autonomes, responsables, solidaires. C’est en nous et entre nous que se trouvent la force de sortir de nos tombeaux et de nos drames.
Ce n’est pas en faisant brûler un cierge que notre petit fils va réussir son bac : c’est à lui de travailler et à nous de le soutenir.
Ce n’est pas en priant pour un couple en souffrance que Dieu va résoudre leurs tensions, c’est à eux d’apprendre à s’accepter et à se parler, et c’est à nous de créer un environnement favorable au dialogue plutôt que de rester dans le dénigrement ou le ladi-lafé.
Et si nous ne partageons pas le pain dans notre vie quotidienne, comment oserions nous aller partager le pain de l’Eucharistie ?
Alors pourquoi prier ?
Alors me direz-vous, Dieu ne nous sert plus à rien ? Si ce n’est pas lui qui résout nos problèmes, à quoi servirait-il de le prier ?
Regardez des adultes qui ont quitté la maison de leurs parents pour voler de leur propres ailes et construire leur vie. Ils sont libres et autonomes et vivent d’une autre manière que leurs parents. Ca ne les empêche pas de revenir au bercail, de se dire qu’on s’aime et de le fêter, de confier nos enfants à leurs grands parents, de prendre soin les uns des autres…
Ainsi de l’homme avec Dieu : Dieu n’est pas un marionnettiste, il est une source. Source vivifiante et soutien amoureux, comme des parents pour leurs enfants et petits-enfants. Il est bon de revenir boire à la source
pour partager nos joies et nos peines, fêter notre amour, et y prendre appui pour retrouver l’énergie.

La vraie prière chrétienne n’est pas d’abord une prière de demande, même si elle peut comporter des appels au secours.
La vraie prière chrétienne est d’abord une prière de gratitude, une action de grâce, c’est-à-dire
une reconnaissance de la grâce surgie de nos actions.
La vraie prière chrétienne, c’est : bonjour, je t’aime, pardon, merci… C’est : je compte sur toi, tu peux compter sur moi. Ca sent si bon l’humain tout cela. C’est là que se trouve le vrai divin, comme du pain partagé, comme tous ces gestes humains qui deviennent sacrements de notre réconciliation avec nous-mêmes, avec les autres, avec le vrai Dieu.
Marc THOMAS - marc-thomas@parole-semee.com

Ma prière, c'est ma main
Auteur : Jean Debruynne
Compositeur: Jean-Pierre Bonsirven
Studio SM
Ma main de toutes les besognes Ma main arrondie sur l'outil Ma main qui caresse et qui cogne Fleur à la main ou au fusil. Ma main qui va t'offrir à boire Ma main lévée à ta santé Qu'elle soit blanche, jaune ou noire C'est pour cueillir la liberté. | Ma main où tu passes l'alliance La main d'un tout petit enfant Les mains jointes dans le silence Mes mains cathédrales du temps. Le fruit ridé de la vieillesse Deux maigres mains sur un drap blanc Deux fleurs ouvertes de tendresse Ce sont les mains d'un Dieu vivant. |
Écouter ce chant : https://www.youtube.com/watch?v=eyfHtzS8YUg
Marc THOMAS







Merci de me faire prendre conscience qui est le Dieu de la bible