Qui m'a vu a vu le Père
- Marc THOMAS
- 30 janv.
- 6 min de lecture
Quel Dieu prions-nous ?
Comment nous représentons-nous Dieu ? Est-ce bien le Dieu de l’Evangile ?
A force de penser Dieu comme le Tout-Puissant
A force de croire faussement que le Ciel est là-haut très loin au-dessus de notre terre
A force de croire que pour rencontrer Dieu il faut être parfait et se confesser tout le temps
A force de croire que la présence réelle est seulement dans l’hostie
A force de croire qu’il faut les transes de la louange pour ressentir Dieu
A force de croire qu’on peut faire confiance à Dieu en tout
A force de le prier depuis des années sans que ça change rien
A force de croire que seuls des spécialistes peuvent nous enseigner qui est Dieu
A force de croire tout ça, pouvons-nous encore rencontrer Dieu
dans la simplicité de nos vies quotidiennes ?
dans nos joies, nos peines, nos espoirs, nos réussites, nos échecs ?
dans la vie du monde déstabilisant où nous vivons ?
Alors qui est Dieu ? Qui est le Dieu de l’Évangile ?
Jésus dit : Qui m’a vu, a vu le Père ! (Jn 14, 9)
Alors qu’ont-ils vu ? Qu’avons-nous vu ?
Qui est donc ce Jésus qui nous permet de voir le Père ?
Regardez ce que nous avons vu et célébré à Noël…
Un enfant né dans en plein champ ! Une mère qui accouche dans une étable car elle et son mari n’étaient assez riches pour se payer l’hôtel ou pas assez reconnus pour être accueillis dans une maternité… Pendant leur séjour à Bethléem, ils vivent dans la rue comme des sans domicile fixe. Qui m’a vu, a vu le Père !
Un bébé couché dans une mangeoire d’animaux, avec toute l’insécurité et l’insalubrité que cela comporte, sans lit ni matelas, en pleine précarité. Qui m’a vu, a vu le Père !
Un enfant dont Joseph n’est pas le père biologique : Joseph l’homme intègre voulait rompre sans bruit avec celle qui, selon lui, l’avait trompé et trahi. Joseph l’homme sincère, à l’écoute et empathique, a su s’ouvrir à un tout autre sens imprévu, jusqu’à reconnaître celle qu’il aimait comme un canal pour incarner le don de Dieu. Un enfant né d’une mère célibataire ! Qui m’a vu, a vu le Père !
Un enfant visité par des bergers, considérés par les gens biens de l’époque comme des parias, des exclus de la bonne société, des sous hommes à peine rémunérés. Qui m’a vu, a vu le Père !
Un enfant visité ensuite par des mages étrangers : magiciens, astrologues ou scientifiques en quête d’étoiles ou de comète. Ces mages qui suivent leur bonne étoile, en quête de sens et de lumière. Ils portent l’or, l’encens et la myrrhe, symboles orientaux des vraies ressources intérieures.
Ces mages précurseurs de tous ceux et celles qui écoutent leurs désirs et sont en quête de leurs pépites et du sens de leur vie sans se laisser dicter leur conduite.
C’est dans la rencontre avec ces sans domicile fixe et leur bébé dans une mangeoire que les mages reconnaissent avoir trouvé enfin l’objet de leur quête et le sens de leur vie ! Qui m’a vu, a vu le Père !
Ces mages étrangers respectueux s’étaient arrêtés à Jérusalem pour s’informer auprès des pouvoirs politique et religieux et préciser leurs recherches.
Les grands prêtres et les scribes, hiérarchie religieuse de l’époque, ne vont ni s’interroger ni bouger : enfermés dans leur certitude d’avoir la vérité, ils méprisent ces étrangers incroyants dont ils pensent n’avoir rien à apprendre. De même 30 ans plus tard, ils auront peur de ce Messie qui ne correspond pas à leurs attentes, et finiront par l’arrêter et le tuer.
Quant au Roi Hérode qui représente le pouvoir colonial de l’époque, il prend peur de la naissance d’un concurrent. Il met en œuvre ses services de renseignement, jusqu’à faire abattre tous les enfants de moins de deux ans.
Joseph, Marie et Jésus, après avoir vécu cette naissance comme des sans domicile fixe, vont devoir devenir migrants, fuyant en Egypte pour protéger leur enfant de la colère du Roi Hérode. Qui m’a vu, a vu le Père !
Finalement, le danger passé, Joseph, Marie et leur enfant vont revenir chez eux, à Nazareth. L’enfant va grandir comme tous les autres enfants, aller à l’école, jouer avec ses copains, faire des câlins sur les genoux de sa mère, aller apprendre les gestes de l’artisan dans l’atelier de son père. Qui m’a vu, a vu le Père !
A douze ans, âge de l’adolescence, lors d’une fête religieuse à Jérusalem, il échappe à la surveillance de ses parents sans autorisation. Comme une crise d’adolescence où il revendique sa liberté et va faire découvrir à sa mère qu’il doit suivre son appel intérieur (Lc 2, 49). Comme un adolescent, même si ce n’est pas pour faire des bêtises, puisqu’on le retrouve comme un enfant du catéchisme, écoutant ceux qui expliquaient la Bible. Qui m’a vu, a vu le Père !
Après cette crise d’adolescence, à nouveau silence radio jusqu’à environ 30 ans. 30 ans de vie ordinaire, comme n’importe quel être humain. 30 ans sans rien d’exceptionnel, sans discours. Probablement des rencontres, des amitiés, des amours peut-être. Probablement du travail avec son père charpentier, ou d’autres activités, par exemple la pêche où il fera connaissance de ses futurs amis.
Bref je suppose… mais je ne peux pas imaginer qu’il est resté à ne rien faire. En tout cas il ne s’est pas enfermé dans un monastère pour passer sa vie en contemplation, sinon ça se saurait. 30 ans d’une vie ordinaire, 30 ans d’humanité comme tout être humain. 30 ans d’incarnation, 30 ans de présence réelle dans une incarnation humaine. Qui m’a vu, a vu le Père !
On pourrait dire : que de temps perdu pour quelqu’un qui veut sauver le monde !
Et si c’était comme ça que Dieu sauve le monde ?
Simplement en venant rejoindre l’homme dans le plus concret de son incarnation ? Oh vous qui cherchez le Bon Dieu dans les nuages, vous ne verrez jamais son dernier passage, chantait dans mon enfance le Père Duval, pionnier de tous les jeunes chanteurs chrétiens.
Rappelez-vous de cette incarnation concrète, vous qui croyez trouver Dieu au ciel, ou dans des louanges désincarnées ! Qui m’a vu, a vu le Père !
Dans sa vie publique, Jésus ne changera pas de méthode : il va rester pleinement humain !
Il commence par rejoindre le chemin d’espérance des juifs sincères de son époque qui allaient se faire baptiser par Jean dans le Jourdain pour affirmer leur démarche de conversion et de retournement vers le Dieu de la Bible. Qui m’a vu, a vu le Père !
Et juste après, Jésus va être tenté comme tout être humain : tentation du pouvoir, tentation de l’avoir, tentation de la puissance. Comme tout être humain ! Qui m’a vu, a vu le Père !
Puis Jésus rejoindra les hommes et les femmes de son temps, spécialement les petits et les pauvres, les malades et les rejetés. Il les rejoindra d’abord là où ils sont, dans leur détresse souvent, et leur dira toujours :
· à l’aveugle rabroué sur le bord de la route : Que veux-tu que je fasse pour toi ?
· au voleur et collaborateur dénigré par tous : Aujourd’hui, je veux demeurer chez toi !
· à la femme Samaritaine à qui il était interdit de parler : Donne-moi à boire !
· à la femme adultère que certains voulaient lapider, comme d’autres montrent du doigt publiquement les divorcés, il dit : Je ne te condamne pas, va et ne pèche plus !
· au larron sur la Croix : Ce soir tu seras avec moi dans le Paradis !
II est accusé par les bien-pensants d’aller manger chez les pécheurs. Il valorise le publicain qui se reconnaît pécheur et non le pharisien qui se croit juste… Et je pourrais continuer la liste. Qui m’a vu, a vu le Père !
La hiérarchie religieuse lui en voudra. Il aura des paroles dures contre les scribes et les pharisiens qui lient sur le dos des gens des fardeaux qu’ils sont incapables de porter eux-mêmes. (Lc 11, 46)
Cette hiérarchie religieuse se sentant en danger veut le faire taire, avec la bénédiction du pouvoir en place. Ils vont le condamner après un simulacre de procès. Et le faire mourir comme un bandit, et comme tous ceux et celle qui sont mis à mort par les terrorismes et les dictateurs. Pilate s’en lavera les mains comme tant d’autres ferment les y :eux sur l’injustice.
Au cœur de son procès, il gardera le silence. Et Pilate présentera le condamné à la foule par ces seuls mots : Voici l’homme !
Voici l’homme ! L’homme, jusqu’au bout de son humanité, jusqu’à l’injustice, la violence et la mort, comme pour tant d’autres hommes et femmes à toutes les époques… Qui m’a vu, a vu le Père !
Est-ce bien en ce Dieu-là que nous croyons ?

Est-ce bien ce Dieu incarné que nous recherchons,
non au ciel, mais dans la vie concrète de tout homme…
non pas dans la perfection, mais dans nos questionnements, nos détresses, nos espoirs…
non pas dans une louange désincarnée, ni dans la recherche de transes mystiques,
mais dans la même simplicité et authenticité que Marie et Joseph
et en rejoignant les femmes et les hommes de ce temps sur leur chemin d’humanité ?
Qui m’a vu, a vu le Père !
Depuis Jésus-Christ, depuis l’incarnation,
Dieu ne se donne à voir que dans la vie incarnée des hommes.
Notre Père qui êtes aux Cieux…
Dans la Bible, les cieux, ce n’est pas le ciel, c’est tout l’univers de la création.
Notre Père qui êtes aux Cieux…
C’est-à-dire : Dieu est humain… Dieu de tous les jours !
Marc THOMAS







Commentaires