Loi et fidélité
- Marc THOMAS
- il y a 16 heures
- 5 min de lecture
Les époux se doivent mutuellement respect, fidélité, secours, assistance. Code civil, Art. 212
Un débat a eu lieu il y a quelques semaines à l’Assemblée Nationale française, sur la proposition de supprimer le mot « fidélité » de cet article du Code civil.
Cette proposition s’appuie sur le fait que l’adultère n’est plus une faute pénale depuis une loi du 11 juillet 1975. Elle a surtout pour but d’éviter que l’un des époux veuille imposer un droit de contrôle sur le corps de l’autre en imposant des relations sexuelles non consenties.
Cette proposition déclenche des débats légitimes. Une amie de la Réunion a lancé le débat sur sa page Facebook en sous-titrant sa publication avec ces mots : "Tu ne commettras pas d’adultère » Allez validons l’adultère !!!

Voici les commentaires que cela a déclenché sur Facebook :
C'est dingue ! Une société qui veut vivre sans conscience et sans Dieu régresse et va droit dans le mur !! C'est un non-sens !
Totalement hallucinant !!! Où va ce monde ?
Tout est fait pour casser la Famille. Mais, Dieu est plus grand
Voter tout et n'importe quoi et ne pas s'intéresser aux vrais problèmes de la famille : éducation, respect, ...
Plus de repères ! Le monde marche sur la tête. C’est tellement rassurant de savoir que notre conjoint nous est fidèle. C’est un gage d’amour, de liberté, d'assurance et de santé ! N'oublions jamais que la débauche sexuelle mène à étaler les MST. Quelles valeurs morales pour nos futurs enfants !!! Maranatha...
On marche sur la tête.
Le monde est dirigé par le prince de ce monde gardons dans nos cœurs la vérité et la parole de Dieu car nous sommes vraiment dans la fin des temps
Seigneur tu nous dis que le chaos avant ton retour, mais vient s'il te plait remettre de l'ordre et rappelé aux monde une clé que tu nous a donné avant l'arrivée de ton fils qui est les 10 commandements. Saint-Esprit agit avec puissance dans ce monde Amen !

J’ai répondu ceci sur Facebook,
et cela a permis un échange avec l’auteur du message d’origine :
Je suis triste de lire ces commentaires... Ils me semblent confondre deux choses très différentes : la loi d'un État ou d'un peuple, et la loi de la conscience.
De quoi parle la loi française quand elle parle de fidélité ? Est-ce à la loi de définir la fidélité ? Si oui, alors c'est aussi à la loi de définir la foi, les croyances, l'amour, l'espérance... La fidélité est une loi de la conscience humaine où la loi d'un État n'a pas à s'ingérer.
Mais surtout, n'attendez pas que l'État définisse les règles qui viennent de votre foi. Car la théocratie est toujours dangereuse. N'est-ce pas chers amis d'Iran ?
Et puis, dites-moi, faisons un exercice : que chacune et chacun de nous cherche à définir ce qu'est pour elle et pour lui la fidélité. Je ne suis pas sûr que nous y mettrons les mêmes sens ou les mêmes accents. Je suis même sûr du contraire.
Pourquoi certains d'entre nous réservent ce mot à la fidélité sexuelle dans le couple ? Pourquoi l’associer directement à l’adultère ? La fidélité est bien plus large que cela : l'attention, l'amour, l'écoute, la disponibilité, le bien-être réciproque, le dialogue pour élaborer des décisions communes... Vous qui êtes en couple, êtes-vous sûrs d'être toujours fidèle à tout cela ? C’est pourtant en vivant tout cela qu’on éloigne le risque de l’adultère. Mais aussi le risque qu’un des époux, s’appuyant sur cette soi-disant fidélité, impose des relations sexuelles à son conjoint sans son consentement. Et pensez-vous toujours que c'est l'État qui doit vous imposer la fidélité par sa loi ?
Le 14 février, sur Radio Arc en Ciel (radio catholique de la Réunion), ma chronique hebdomadaire était intitulée : "quelle fidélité ?" Écrite et enregistrée bien avant cette polémique, mais finalement tellement d'actualité ! Ma chronique interroge ce que devient la fidélité quand dans une relation ou dans une mission reçue les valeurs profondes qui l'ont déclenchée sont blessées ou détruites... Si vous le souhaitez, vous en trouverez la vidéo ou le texte sur mon Blog : https://www.parole-semee.com/post/quelle-fidelite-1
Heureux êtes vous, vous qui avez célébré une fidélité d'amour au quotidien à la St Valentin.
Quant aux autres... "Que celui qui n'a jamais péché lui jette la première pierre".
La réponse d’Erika, l’auteur de ce post sur Facebook
Marc, oui, je suis d’accord : la fidélité commence dans la conscience pas dans la loi. Mais dire que la fidélité relève de la conscience ne veut pas dire que la loi n’a aucun rôle. Elle ne remplace pas la conscience. Elle protège un cadre.
Ce qui disparaît, ce n’est pas seulement un mot, Marc. C’est un repère. Et quand les repères deviennent flous, chacun finit par créer sa propre définition.
Or une société a besoin de repères communs. Sinon tout devient relatif. Et quand tout devient relatif, ce sont toujours les plus vulnérables qui vont payer les pots cassés.
Et j’ai aussi le sentiment qu’avec certains cas réels, graves et douloureux, on finit par en faire une généralité. Ces situations doivent être protégées, bien sûr. Mais est-ce une raison pour fragiliser un pilier qui concerne tout le monde ? Nous avons besoin des deux : une conscience et un cadre clair.
Et non, je ne réduis pas la fidélité à la dimension sexuelle. Mais elle en fait partie. La fidélité est un tout.
Et je crois profondément qu’une société qui cesse de valoriser la fidélité finit, progressivement et silencieusement par banaliser l’infidélité sous toutes ses formes.
Soyons simplement lucides et pleins de bon sens. La loi peut protéger les personnes sans pour autant effacer la fidélité, qui reste un pilier du mariage.
Quand on fragilise un pilier, la structure finit par devenir bancale.
J’ai répondu ceci à Erika
Merci Erika d'avoir pris le temps de cette réponse. Oui, le cadre est un repère pour les consciences. J'aime la manière dont Jésus s'y est pris pour tenir à la fois la conscience et le cadre dans la parabole de la femme adultère dans l'Evangile (Jn 8, 1-11) : les scribes et les pharisiens hurlent leur condamnation de cette femme et, au nom du cadre de leur loi, sont prêts à la lapider. Jésus ne leur répond pas, il écrit par terre et invite ceux qui n'ont jamais péché à lui envoyer la première pierre. Ils partent tous. Jésus se retourne vers la femme en disant "Je ne te condamne pas" et en lui rappelant le cadre : "Va et ne pèche plus".
Peux-tu demander aux commentateurs et commentatrices si enclins à juger et à dénoncer de ne pas jeter la première pierre ?
Et donc d'accepter le dialogue et un débat constructif avec celles et ceux qui interrogent la fidélité, non par rapport à l'adultère, mais pour éviter la soumission et la prise de pouvoir sur le corps de l'autre.


Marc THOMAS




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