Aimés comme le prodigue
- Marc THOMAS
- 20 mars
- 4 min de lecture

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Des auditeurs me disent s’interroger suite à mes premières émissions de Carême. Ils apprécient ce regard positif sur un Carême perçu comme un entraînement pour se relever et vivre plus intensément. Mais ils me disent : « Et que faites-vous de nos faiblesses, de nos erreurs et de nos fautes, de nos péchés, et de tout ce qui nous fait honte dans notre vie ? Il faut quand même faire pénitence, non ? »
Bonne question que je réfléchis avec vous aujourd’hui.

Nous sommes comme l’enfant prodigue de l’Evangile (Luc 15, 11-32). Nous nous laissons parfois entraîner par nos appétits de pouvoir, nos appâts du gain, notre volonté de privilégier notre seul intérêt, nos pulsions d’agressivité et de violence sur tous ceux et celles qui nous font obstacle.
Comme le prodigue, nous réclamons ce à quoi nous croyons avoir droit et nous n’en faisons qu’à notre tête pour aller vivre selon nos passions et nos pulsions. Ou bien nous n’osons pas le faire, mais nous en voulons à tout le monde et nous sommes dans l’aigreur.
Je constate d’abord, que le Père de l’enfant prodigue ne s’oppose pas aux exigences de son fils. Il n’essaye pas de le convaincre de son erreur ni des risques qu’il prend. Il lui donne la part d’héritage qui lui revient et le laisse partir. Toutes celles et ceux qui se demandent aujourd’hui pourquoi Dieu n’intervient pas dans les errements et les violences du monde trouvent là une réponse : Dieu n’empêche jamais l’autonomie de l’homme, Dieu n’agit jamais pour contrecarrer les initiatives des hommes. Nous ne sommes pas ses marionnettes. Nous ne sommes pas ses marionnettes. C’est la preuve et la garantie de notre liberté.
Ce fils fait sa propre expérience, il vit comme il l’entend, jusqu’à la débauche, jusqu’à expérimenter la misère. Alors seulement il prend conscience de la vraie richesse qui lui permettait de vivre en sécurité chez son père. C’est lui et lui seul qui décide de se relever. Nous voilà déjà dans notre démarche d’un Carême pour se relever : il faut parfois toucher le fond de la détresse, de la misère ou de l’abandon pour trouver l’énergie de nous relever.
Sur le chemin du retour vers son Père, le fils se sent coupable et s’accuse : il ne se sent plus digne de ce Père qui lui a tout donné, il ne se sent plus digne d’être son fils. Comme nous, si souvent, devant ce qui nous fait honte ou devant nos échecs : nous culpabilisons, nous ne nous sentons plus dignes d’être aimés. Nous ne nous aimons même plus nous-mêmes.
Et voila que le Père voit son fils arriver de loin. Ce qui signifie que ce père a passé son temps à attendre son fils, à guetter son retour. Comme tant de parents attendent des nouvelles de leur enfant disparu ou silencieux. Le père du Prodigue n’a pas déclenché de recherches, mais il n’a jamais perdu l’espoir que son fils se relève et se retourne. Quand les hommes croient que Dieu les juge et leur envoie des punitions pour leurs méfaits, Dieu, lui, ne cesse de croire et d’espérer en les capacités de ses enfants et en un possible retour. Comme des parents aimants qui ne désespèrent jamais de leurs enfants. On dit que les hommes croient en Dieu. Parfois. Mais c’est d’abord Dieu qui croit en nous. Toujours.

Arrivé devant son père et se jetant à genoux à ses pieds, le fils prodigue n’a pas le temps de s’excuser ni de s’accuser. Son Père le relève – voilà encore un Carême pour nous relever - , le serre dans ses bras, exprime sa joie du retour de son fils à la vraie vie et remplace ses guenilles par le vêtement de la fête où son fils va pleinement réintégrer sa famille. Voila ce Père dans son amour inconditionnel. Voila Dieu dans son regard posé sur nous quelles que soient nos erreurs, nos fautes, nos crimes. Amour inconditionnel, nous laissant vivre ce que nous avons à vivre, toujours en attente de notre retour, toujours accueillant sans conditions.
Quand les chrétiens vont se confesser, ils croient que l’essentiel est de dire tous les péchés qu’ils ont fait et d’exprimer leur regret et leur contrition. Cela n’a malheureusement rien à voir avec la manière dont Dieu agit avec son fils prodigue et tous les prodigues que nous sommes.
Dans la théologie du sacrement du pardon, l’essentiel n’est pas l’accusation des péchés, mais la manifestation du pardon. Nous sommes appelés à confesser d’abord l’amour inconditionnel de Dieu pour chacun, quels que soient nos errements. Devant cet amour inconditionnel qui pardonne avant même que nous le demandions, nous pouvons nous reconnaître tels que nous sommes, sans rien masquer, puisque nous sommes aimés ! Nous pouvons ainsi traiter nos erreurs et réparer ce que nous avons détruit en nous et entre nous, simplement en nous laissant imprégner d’amour.

Dieu n’attend pas que nous fassions la liste de nos péchés. Seuls ceux qui veulent prendre le pouvoir sur nous peuvent exiger nos accusations. Dieu attend simplement qu’ayant fait l’expérience de nos fragilités et de nos erreurs, nous nous laissions aimer sans condition, d’un amour qui restaure notre vraie nature, d’un amour qui restaure aussi des relations sincères avec les autres.
Un amour qui transforme les guenilles de nos cœurs en vêtement de gratitude.

Aimer à perdre la raison
Jean FERRAT
Aimer à perdre la raison
Aimer à n’en savoir que dire
A n’avoir que toi d’horizon
Et ne connaître de saison
Que par la douleur du partir
Aimer à perdre la raison
Ah c’est toujours toi que l’on blesse
C’est toujours ton miroir brisé
Mon pauvre bonheur ma faiblesse
Toi qu’on insulte et qu’on délaisse
Dans toute chair martyrisée
Aimer à perdre la raison
Aimer à n’en savoir que dire
A n’avoir que toi d’horizon
Et ne connaître de saison
Que par la douleur du partir
Aimer à perdre la raison
La faim la fatigue et le froid
Toutes les misères du monde
C’est par mon amour que j’y crois
En elle je porte ma croix
Et de leurs nuits ma nuit se fonde
Aimer à perdre la raison
Aimer à n’en savoir que dire
A n’avoir que toi d’horizon
Et ne connaître de saison
Que par la douleur du partir
Aimer à perdre la raison
Écouter ce chant : https://www.youtube.com/watch?v=EpjcSFNj4BQ

La posture de la semaine pour s’exercer à
bien vivre au milieu du monde tel qu’il est

Marc THOMAS





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