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Relier pour vivre heureux

Hommage à Edgar MORIN



Edgar Morin, un des grands penseurs du temps que nous vivons s’est éteint à 104 ans le 29 mai dernier. Un penseur qui n’avait pas la tête dans les nuages, mais le regard tourné vers le monde des hommes, les pieds et les mains enfouis dans tous les enjeux du monde et de la vie quotidienne des hommes. C’est à cet intellectuel bien incarné que je souhaite rendre hommage aujourd’hui. C’est avec lui que je souhaite vous inviter, amis auditrices et auditeurs, à rester le cœur ouvert dans ce monde tel qu’il est plutôt que de fuir dans les désespérances, les révoltes, ou les échappatoires toxiques ou faussement spirituels qui nous guettent toujours.

 


Edgar Morin, un intellectuel bien incarné… Un homme qui a développé sa pensée en partageant les joies et les peines, les espoirs et les détresses, les enthousiasmes et les déceptions au « tous les jours » des hommes et des femmes qu’il rencontrait.

 

L’historien des idées et des intellectuels François Dosse décrit chez Edgar Morin une sociologie de l’empathie, de la fraternité, opposée à une sociologie de surplomb. Le journaliste Edwy Plenel insiste lui aussi sur cette méthode : une curiosité qui n’a rien d’inquisitoriale, qui est vraiment : je me trouve moi-même et je trouve ce que je cherche en allant vers l’autre.

 

Un intellectuel qui n’a pas développé sa pensée depuis son bureau. Il n’a pas écrit des livres ni des discours théoriques. Il ne s’est pas enfermé dans des idéologies. Edgar Morin vivait au milieu des hommes, et sa pensée se nourrissait de ce qu’il vivait avec eux.

 

En m’inspirant du discours du Président de la République lors de l’hommage national qui lui a été rendu le 3 juin 2026, j’ajoute ceci : Edgard Morin n’a cessé de penser au cœur des contradictions de notre société : pourquoi, après la chute du mur de Berlin, après l'essor de la mondialisation, le modèle occidental entre-il dans une telle crise ? Pourquoi au cœur même de la modernité politique, surgit le retour du fondamentalisme religieux ? Pourquoi l’époque du triomphe de la pensée humaine par le progrès matériel et technologique, est en même temps l’époque de la menace de son asservissement par les machines et de sa colonisation par les empires numériques.

 

Edgar Morin, un homme qui a su quitter les dogmes, les étiquettes, les partis et les appartenances pour se réinventer sans cesse. Parce qu'il guettait en tout l'imprévu. Et parce que la question fondamentale qu’il se posait sans cesse et qu’il posait à celles et ceux qu’il rencontrait était toute simple : dans ce monde si contradictoire, « êtes-vous heureux ? »

 


Pour rendre hommage à cet homme, je voudrais lire maintenant un texte publié sur Facebook par un auteur anonyme qui se cache sous le pseudonyme Loulou Loulou, sur la page Facebook Des inspirations d’Arts & Cultures, le 1er juin 2026 :


Il y a des hommes

qui ne nous laissent pas seulement des livres.

Ils laissent une manière de regarder

 

Edgar Morin s'est éteint ce vendredi 29 mai.

A 104 ans.

Mais ce qu'il nous laisse n'a rien d'un âge

C'est une question encore brûlante.

Une question presque simple

Et pourtant, immense.

Qu'avons-nous oublié de relier ?

 

Nous vivons dans un monde qui découpe

On sépare le corps de l'âme,

La raison du cœur

La science de l'émerveillement

L'économie de la morale

La politique de l'humain.

Et puis, on s'étonne que tout devienne froid.

On s’étonne que le monde soit précis

Mais qu'il ne soit plus habité.

Edgar Morin a passé sa vie à nous rappeler cela :

ce qui est séparé trop longtemps finit par perdre son sens.

Un être humain n'est pas une fonction

Une douleur n'est pas un chiffre

Une société n'est pas une mécanique

Une vie ne se comprend jamais par morceaux

 

Son mot c'était relier.

Pas tout confondre

Pas tout mélanger

Relier

Retrouver les passages invisibles

Entre la pensée et la tendresse

Entre l'intelligence et l'humilité

Entre le savoir et la conscience

Entre l'homme et le vivant

C'est peut-être pour cela que le Maroc l’avait touché.

À Fez dans les rencontres autour

des musiques sacrées et de la culture soufie

il disait avoir vécu une émotion presque sacrée.

Lui qui ne se réclamait pas d'une religion au sens classique

savait reconnaître ce qui élève l’âme humaine.

Il savait que la raison seule ne suffit pas toujours

il y a des vérités qui ne se démontrent pas seulement

Elles se ressentent.

Elles se reçoivent.

Elles nous traversent.

 

Et peut-être que le soufisme lui rappelait cela.

Que l'humain ne se réduit pas à ce qu'il comprend.

Il est aussi fait de mystères

de beauté… de tremblements… de liens

 

Edgar Morin avait traversé un siècle terrible.

Il avait vu ce que produisent les certitudes fermées,

les idéologies qui coupent

les slogans qui remplacent la pensée

les idées qui oublient les visages.

Alors il nous a laissés autre chose.

Pas une doctrine

pas une réponse toute faite

Une vigilance

Une manière de ne pas devenir dur

Une manière de penser sans écraser

de douter sans renoncer

de comprendre sans réduire

 

Aujourd'hui son silence nous parle encore.

Il nous demande peut-être :

qu'as-tu séparé en toi ?

Quelle part de ton cœur as-tu coupé de ta pensée ?

Quel visage as-tu oublié derrière une opinion ?

Quel lien as-tu perdu en croyant avoir raison ?

 

Edgar Morin n'est plus là,

mais son appel demeure.

Relier

Encore

Relier ce que le monde oppose

Relier ce que la peur sépare

Relier ce que l'orgueil tranche,

Relier l'intelligence à l'amour.

 

Et peut-être qu'un hommage

ce n'est pas seulement se souvenir d'un homme

c'est continuer un peu

la question qu'il nous a confiée






Marc THOMAS

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