Des fragilités personnelles
- Marc THOMAS
- il y a 3 jours
- 6 min de lecture
Sentiment d'insécurité
3ème partie
Je termine aujourd’hui la trilogie sur ce qui alimente notre sentiment d’insécurité. Après le premier volet sur le monde tourmenté, et le 2ème sur les relations déstabilisantes dans notre vie quotidienne, voici aujourd’hui le 3ème volet qui évoque nos propres fragilités intérieures.

Nos fragilités personnelles
Nous ne réagissons pas tous de la même manière devant la peur, le risque et l’insécurité. Certains affrontent leur peur comme un défi et n’hésitent pas à se jeter dans le vide dans un saut à l’élastique. D’autres paniquent devant le vide et ne peuvent pas surmonter le vertige. Certains s’engagent dans tous les combats et osent prendre des risques, d’autres tremblent au moindre risque et fuient devant le premier danger. Certains laissent ouvertes portes et fenêtres de leur maison ou de leur voiture, d’autres verrouillent à double tour et multiplient les assurances pour se sentir protégés.
Nos peurs sont souvent une partie visible du manque de confiance en soi. Nous nous sentons parfois tellement fragiles intérieurement, incapables de faire face aux risques de la vie ou de nous défendre devant une agression. Le moindre reproche nous laisse sans défense et nous envahit intérieurement, quand d’autres, dans les mêmes circonstances, savent prendre du recul, se protéger et laisser à celui qui reproche la responsabilité de ses jugements. La moindre maladresse de notre part déclenche un drame intérieur et nous culpabilise, quand d’autres, dans les mêmes circonstances, analysent leur erreur et en font une opportunité de progrès. Le moindre dysfonctionnement déclenche notre méfiance devant la vie et ses risques et nous recroqueville dans la peur de ce qui peut arriver, quand d’autres, dans les mêmes circonstances, restent debout devant l’épreuve et apprennent à s’adapter aux conditions difficiles de la vie.
Notre sentiment d’insécurité est souvent déclenché par un événement extérieur ou par des relations difficiles, mais son impact sur nous, sa résonnance et son ampleur dépendent de notre étayage intérieur, de notre capacité personnelle et de nos failles.
Identifier les causes nos fragilités
Elles viennent parfois de notre éducation. Je pense à une jeune mère de famille avec sa première fille qui commençait à marcher. Bien sûr comme tous les parents, la maman avait retiré les objets qui pouvaient être dangereux pour sa fille. Mais cette maman passait son temps à marcher devant sa fille pour lui éviter de se cogner aux meubles et objets qu’elle rencontrait. J’ai dit à cette maman que je reconnaissais son désir de protection de sa fille, mais je l’ai aussi interrogée sur son surplus de protection qui empêchait sa fille d’apprendre par elle-même à se protéger. Et au-delà de la toute petite enfance, comment l’enfant grandissant et l’adolescent ont été encouragés à oser franchir les obstacles, ont été accompagnés dans leurs difficultés et leurs erreurs, non par des jugements et des humiliations, mais par un soutien qui permet d’analyser l’erreur, de la transformer en apprentissage et de se découvrir capable de faire face aux difficultés de la vie.
Identifier les traces de violences subies : des enfants ont vécu dans des climats violents. Enfants sous les bombes dans des pays en guerre. Enfants témoins des insultes et des coups des adultes dans les violences intrafamiliales. Enfants eux-mêmes battus ou contraints dans une éducation autoritaire. Enfants ou adultes victimes d’accidents de la vie… Tous ces événements et ces climats violents laissent des traces à vie et génèrent des peurs irrépressibles qui ne peuvent être désinfectées et cicatrisées qu’en les verbalisant dans un travail sur soi.
Interroger l’obsession de la sécurité qui renforce le sentiment d’insécurité. Nous avons des assurances pour couvrir tous les risques. Les services de Météo France ne cessent de nous envoyer des alertes de vigilance sur les risques météorologiques. Des caméras sont disposées aux carrefours de nos villes. Les règles de sécurité dans l’accompagnement des enfants ont été considérablement renforcées… Tout cela pour garantir notre sécurité. Mais ce « tout sécurité » a aussi un effet pervers : Jean-Louis Etienne, l’aventurier du Pôle Nord écrit ceci dans « Le Pôle intérieur » :
Les peurs sociales dont on nous abreuve concourent au nombrilisme involutif : placements sûrs, assurance-vie, carrières, sécurité, retraites... Toutes ces inventions de l'homme moderne, pour libérer l'esprit et offrir d'avantage d'insouciance, deviennent des amarres de plomb lorsque l'existence entière s'organise autour de la peur de les perdre.
Comment se renforcer intérieurement ?
Pour canaliser notre sentiment d’insécurité, il s’agit toujours de faire un travail sur soi qui permet d’identifier les peurs et la manière dont elles nous paralysent. Plutôt que de faire de la théorie, je vous partage maintenant mon expérience de vie et la manière dont j’ai été récemment libéré du vertige qui m’a pollué pendant plus de 70 ans. En souhaitant que vous y trouviez des motifs de croire en vos capacités à vous libérer vous aussi de vos peurs.
« JE N’AI PLUS LE VERTIGE ! »
J’ai toujours eu le vertige, chaque fois que je passais sur un pont ou sur un chemin de montagne face au vide. Comme un attrait du vide… Je me souviens d’une randonnée en montagne avec des amis, d’un chemin très étroit le long de la falaise et où je me suis arrêté tétanisé par le vertige, le nez contre la falaise, le vide dans le dos… L’horreur…
Je me rappelle l’adolescent que j’ai été : je me voyais comme étant dans un train, sur une voie ferrée sans pont, au-dessus du vide d’un immense précipice… Depuis plusieurs dizaines d’années, un travail sur moi accompagné me permet d’aller chercher le sens de cette image.
Le lundi 6 mai 2024, avec mes amis, nous remontons de Marla vers le Col des Bœufs dans le cirque de Mafate. Mon ami connaît mon vertige et me fait choisir entre le chemin plus court de la passerelle ou l’autre chemin qui évite cette passerelle vertigineuse. J’hésite bien sûr, et finalement, je ressens la présence chaleureuse et soutenante de mes amis et je choisis de passer par la passerelle. C’est souvent le soutien de l’autre qui nous permet d’oser. Et là, au milieu de cette passerelle, à ma grande surprise, je peux regarder la profonde ravine de chaque côté des rambardes. Je me retourne vers mes amis et je leur crie : « Je n’ai pas le vertige ! » Étonné. Heureux.
Mais cela reste à confirmer ! Est-ce seulement dû à la présence de mes amis ou est-ce quelque chose qui a changé en moi ? Quelques semaines après, sur la route du Volcan, je fais un arrêt au cratère Commerson : un immense cratère de 300m de profondeur sur lequel s’avance une plateforme au-dessus du vide. Je n’ai jamais pu aller au bout de cette plateforme. Pour la première fois, j’arrive au bout, je me penche un peu au-dessus du vide, je prends des photos… Oui, c’est confirmé, je n’ai plus le vertige !!! Et je verbalise de façon tout aussi inattendue : « Je peux regarder mon vide en face ». Ce vide de l’adolescence, ce vide peut-être ressenti par ma mère quand mon père prisonnier de guerre n’avait pu lui donner aucune nouvelle pendant deux ans. Ce vide de toutes mes affections suspendues, perdues ou rompues… Je peux regarder mon vide en face et je n’ai plus le vertige !
En septembre 2025, sur la nouvelle plateforme translucide du Belvédère de Bois Court, j’ose m’avancer, sans vertige ! Mais une autre découverte m’attend : cette plateforme translucide permet de voir tout ce qui se trouve dans cette immense ravine de 950m de profondeur. Il y a de l’herbe, des plantes, des fleurs, des arbres, une source et une cascade, des maisons où habitent des personnes… Le vide est habité. Le vide est irrigué de sources, de ruisseaux et de cascades. Des humains ont construit leur maison et leur vie dans ce vide.
Mon vide ne m’avait révélé que le vide, à en avoir le vertige. Aujourd’hui mon vide est habité : tout le travail que je fais sur moi, toutes les étapes de ma vie, ce qui s’y est planté, ce qui a grandi, fleuri et porté fruit, l’évolution de mon cheminement intérieur, les rencontres enrichissantes… tout cela transforme mon vide en me révélant le vivifiant au plus profond de moi et portant du fruit dans mon quotidien.


Marc THOMAS




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